UN ARTICLE DE LIBERATION INTERESSANT MAIS J'ESPERE PESSIMISTE POUR LE RACING CLUB DE LENS
MAUVAISE PASSE POUR LE RACING
Achaque soir de match son image, sa phrase, son parfum. Après le Lens-Lorient (1-1), c'est le défenseur artésien Romain Sartre qui a eu le fin mot : «On a donné tout ce qu'on avait.» C'est tout le bout. Le Racing Club de Lens, 19e et relégable, restait sur quatre défaites de rang. Il faut dire que le club a retrouvé l'élite cet été. Ça lui a coûté un bras. Peut-être même un bras trois quarts et les deux jambes : son président, Gervais Martel, a hypothéqué ses biens personnels et ceux de son épouse pour que le Crédit agricole (un des actionnaires) permette au club de passer le cut de la DNCG, l'organisme de contrôle de la Ligue, qui a le pouvoir de faire descendre un club, d'une ou plusieurs divisions, s'il estime ses finances malsaines.
Tripette. La DNCG a quand même décidé de plafonner le recrutement et les indemnités de transfert. Et le club, faute de sang neuf, se retrouve à arpenter les pelouses de Ligue 1 avec le même effectif que l'an passé, c'est-à-dire des joueurs de Ligue 2. Ça se voit. Ça se dit : en off, les adversaires des «Sang et Or» expliquent en sortant du terrain que cette équipe ne vaut pas tripette.
Même l'entraîneur lensois, Jean-Guy Wallemme, est dans le ton : il a passé sa semaine à lâcher des exergues venimeux envers ses propres joueurs. Extraits, parus dans l'Equipe de samedi : «On fait de très bonnes séances de préparation, et tout s'écroule en match. Je ne sais plus à quoi m'attendre. Lorsque je discute avec mon père, il me dit : "C'est impossible que cette équipe-là soit derrière toi."» Ou encore : «J'attends de voir si certains ne sont pas faux culs.» Ou bien : «Ce n'est pas de gaieté de c½ur que je change mon équipe toutes les semaines. J'aimerais faire autrement, croyez-le.» Puis : «On ne peut pas comparer mon équipe avec celle qui était descendue en Ligue 2 il y a deux saisons. A l'époque, il y avait quatre joueurs de talent.»
Il n'y est donc pas allé de main morte. Beaucoup ont cru y voir la mince pincée de celui qui se sait trahi par son camp (les joueurs) et qui, du coup, règle ses comptes avant de se faire virer. Eh bien pas du tout, à en croire Sartre après le match de Lorient : «Le coach a fait son travail.» Qui consiste, si on comprend bien, à prêcher le faux pour savoir le vrai et se placer à la limite de la rupture pour sortir de ses hommes des qualités que ces derniers ne possèdent peut-être pas. Un vrai pari.
«Le Druide». Moins risqué qu'il n'y paraît : pour les observateurs de la vie lensoise, Wallemme est l'homme de l'omniscient directeur technique, Daniel Leclercq, alias «le Druide», figure tutélaire du ballon rond dans le Nord-Pas-de-Calais. Voilà pour la coulisse. Où circule le scénario suivant : si Lens plonge en L2 cette année, c'est le dépôt de bilan et un redémarrage cinq étages plus bas, en Division d'honneur. Avec un stade de 40 000 places sur les bras. Bon. On comprendrait que Martel ait du mal à trouver le sommeil. Ou que les joueurs aient des difficultés à assumer dans ces proportions-là le poids du club et de son histoire. Samedi, après le match, Wallemme a éprouvé le besoin d'ouvrir la fenêtre : «Sur l'envie, il n'y a rien à redire. Je pense que le public a senti ce facteur d'abnégation collective.» D'ici à ce que ça suffise à sortir Lens de la nuit noire, il y a loin.